Cadre de vie, Famille, Salon : BA 105 : faciliter l’installation des familles de militaires

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À chaque mutation, il faut recréer des repères, se constituer un nouveau réseau et découvrir un nouveau territoire. Pour aider les conjoints et conjointes de militaires dans cette étape souvent délicate, l’ANFEM (Association nationale des femmes de militaires) a organisé, mardi 13 octobre, la première édition du forum OPTIMA sur la Base aérienne 105 d’Évreux.

L’ANFEM en bref :

L’ANFEM (Association nationale des femmes de militaires) accompagne les familles de militaires partout en France. À travers ses actions d’entraide, ses événements et son réseau de bénévoles, elle contribue à rompre l’isolement et à faciliter l’intégration des familles lors des mutations.

Contact Évreux : Camille Billet
evreux@anfem.fr
Contact national
01 53 69 69 74 | 07 66 94 60 99
secretariat@anfem.fr
www.anfem.fr

L’entraide avant tout

Emploi, formation, création d’activité, découverte du territoire, accompagnement administratif ou loisirs : une vingtaine de partenaires ont répondu présents pour présenter les dispositifs susceptibles de faciliter l’installation des familles.
Parmi eux, Évreux Portes de Normandie proposait de découvrir La Pépite, espace de coworking et d’accompagnement de projets, ainsi que le Comptoir des Loisirs, qui permet aux nouveaux arrivants d’identifier rapidement les nombreuses activités proposées sur le territoire.

Un besoin essentiel : créer du lien

Au-delà des informations pratiques proposées lors du forum, l’événement a permis de mettre en lumière le rôle essentiel joué par l’ANFEM auprès des familles de militaires.
Confrontés aux mutations, à l’éloignement de leurs proches et à la nécessité de recréer régulièrement un réseau de connaissances, les conjoints et conjointes de militaires peuvent parfois se sentir isolés. C’est précisément pour répondre à ces enjeux que l’association agit au quotidien, en créant du lien, en favorisant l’entraide et en orientant les familles vers les ressources dont elles ont besoin.
Pour Camille Billet, déléguée ANFEM à Évreux et fortement impliquée dans l’organisation de cette première édition, l’enjeu est avant tout humain.

« Ce qui manque le plus, c’est le lien, le réseau. Savoir que l’on peut compter sur quelqu’un. Quand on vient d’arriver, on ne connaît pas encore ses voisins et on n’a pas forcément de famille à proximité. Ce dont on a besoin, c’est de savoir qu’il existe un relais. »

Cette première édition d’OPTIMA illustre la volonté commune de l’ANFEM, de la BA 105 et des partenaires du territoire de mieux accompagner les familles dans leur installation et leur intégration. Une initiative appelée à être renouvelée chaque année.

  • La Pépite : 73 rue Willy Brandt, Évreux Nétreville – 06 40 49 88 07
  • Le Comptoir des Loisirs : 11 Rue de la Harpe, Évreux – 02 32 24 04 43

Camille Billet : « Derrière les clichés, la réalité des familles de militaires »

Racontez-moi votre arrivée à Évreux. Quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai la particularité d’avoir vécu deux arrivées à Évreux, avec des souvenirs très différents. La première, c’était en 2017. J’avais 23 ans, j’étais enceinte de six mois et mon mari était tout jeune pilote. Nous ne connaissions personne ici, ni même la région. Ma famille était à plus de 600 kilomètres et ma belle-famille à un peu plus de 80 kilomètres. Je garde le souvenir de voisins bienveillants. Mais ces deux premières années ont surtout été marquées par la naissance de notre premier enfant, puis par la découverte de son très lourd handicap. Tout est passé très vite, avec beaucoup de préoccupations autour de sa santé. Notre deuxième arrivée, après La Réunion, a été plus éprouvante. Nous revenions avec trois enfants : notre aîné polyhandicapé, une petite fille de deux ans et demi et un bébé de six mois qui faisait de l’asthme. Nous n’avions alors ni structure pour accueillir notre aîné, ni aide à domicile. Nous connaissions déjà Évreux, mais nous devions reconstruire tout notre quotidien dans une situation familiale très différente.

Quand on arrive dans une région où l’on ne connaît personne, qu’est-ce qui manque le plus au début ?

Ce qui manque le plus, c’est le lien, le réseau. Savoir que l’on peut compter sur quelqu’un. Quand on vient d’arriver, on ne connaît pas encore ses voisins et on n’a pas forcément de famille à proximité. On peut vite se demander : « Si demain il m’arrive quelque chose, qui est-ce que j’appelle ? Comment je fais ? » Parce que du au métier de militaire nous sommes souvent seul. Ce dont on a besoin, c’est de savoir qu’il existe un relais. Une personne ou un groupe vers qui se tourner, même simplement pour dire : « Aujourd’hui, ça ne va pas. » « Aujourd’hui, j’ai besoin d’aide. » C’est précisément ce que nous avons voulu construire avec la délégation ANFEM. Nous avons notamment créé une communauté WhatsApp avec différents sous-groupes, dont un groupe « Urgences ». On peut aussi exprimer le besoin de parler, de sortir, d’aller marcher avec quelqu’un ou demander un dépannage. Nos situations ne sont pas toutes identiques, mais beaucoup d’entre nous connaissent ces moments de solitude, de fatigue, de colère ou de découragement. On peut donc se comprendre sans avoir besoin de tout expliquer. Et au-delà de cette communauté, une famille peut nous contacter, qu’elle soit adhérente ou non. Nous sommes là pour écouter, soutenir et chercher avec elle une solution. À quel moment avez-vous commencé à vous sentir un peu chez vous ici Avec les mutations, j’ai appris à ne pas faire dépendre mon « chez-moi » uniquement d’un lieu. Quand on peut repartir au bout de quelques années, on a envie de commencer à vivre tout de suite. Moi, je me sens déjà un peu chez moi quand mes cadres sont accrochés dans la maison. Ensuite, il ne me reste plus qu’à organiser une soirée ! C’est ma façon de prendre mes repères : rencontrer les personnes autour de moi et créer du lien. À Évreux, j’ai donc repris très vite notre habitude de recevoir à la maison. Et j’ai aussi prolongé cette envie dans mon village, en participant à la relance du comité des fêtes pour organiser des occasions de se rencontrer. Parce que cette question dépasse largement l’armée. Nous ne prenons pas toujours le temps de connaître les personnes qui vivent juste à côté de chez nous. Parfois, un café ou un événement tout simple suffit à créer un premier lien. Paradoxalement, même si déménager représente beaucoup de travail, j’aime aussi cela. J’ai fait de très belles rencontres au fil de nos affectations. Aujourd’hui, nos amis vivent dans plusieurs régions et jusqu’à l’autre bout du monde. Le plus difficile, finalement, c’est de choisir chez qui partir en vacances ! Pour moi, se sentir chez soi, c’est une histoire de liens.

Est-ce qu’il y a eu un moment particulièrement difficile depuis votre installation ?

Oui, notre retour de La Réunion a été éprouvant. Nous sommes arrivés en juillet avec notre aîné polyhandicapé, une petite fille de deux ans et demi et un bébé de six mois qui faisait de l’asthme. Nous n’avions alors ni structure pour accueillir notre aîné, ni aide à domicile. Quelques mois plus tard, mon mari est parti en opération extérieure. Je me suis retrouvée seule avec les trois enfants, au début de l’hiver, alors que nous avions encore peu de relais autour de nous. Notre aîné a dû être hospitalisé pour une infection pulmonaire. J’ai appelé les pompiers, mais je ne pouvais pas l’accompagner immédiatement : quelqu’un devait venir garder les deux autres. Mon beau-père a heureusement pu arriver en urgence, mais partait de Chartres…. En attendant, j’ai dû laisser mon fils partir à l’hôpital sans moi. C’est un moment que je n’oublierai pas. Après une semaine d’hospitalisation, nous sommes rentrés, puis mon plus jeune a été hospitalisé à son tour pendant une semaine. le seul bénéfice dans l’histoire c’est d’avoir perdu les 4 kilos qu’il me restait de ma grossesse ! Dans les familles de militaires, on plaisante sur la LEM « loi d’emmerdement maximal » : cette impression que tout arrive lorsque le conjoint est absent. On arrive parfois à en rire après, mais sur le moment, c’est lourd.

Et au contraire, une belle surprise ou une belle rencontre qui vous a marquée ?

Je fais beaucoup de belles rencontres, et particulièrement depuis le lancement de la délégation ANFEM d’Évreux. Ce qui me touche, c’est de découvrir autant de personnes prêtes à soutenir les familles de militaires. Certaines ne connaissaient pas vraiment notre quotidien. Mais dès que nous échangeons, elles comprennent les besoins et ont envie de contribuer. Aujourd’hui, avec OPTIMA, voir les acteurs du territoire et de la base réunis pour les conjointes, les conjoints et les familles me rend profondément heureuse. Ce sujet me tient tellement à cœur que sentir cet enthousiasme et cette volonté de construire quelque chose ensemble est une très belle récompense. Au fond, c’est ce que nous demandons : être vus, être compris et pouvoir compter sur un soutien concret.

Qu’est-ce que les gens ne réalisent pas toujours dans la vie des familles de militaires ?

Il y a aussi une scène beaucoup plus banale qui m’a marquée. Un matin froid et pluvieux, je devais emmener les enfants à la crèche et j’ai découvert un pneu à plat. Je suis assez débrouillarde : j’ai sorti le cric, retiré les boulons… mais impossible d’enlever la roue. Elle était complètement bloquée ( même en déversant toute ma rage du à la situation à coup de pied…). Quand mon mari m’a demandé si ça allait, j’ai fondu en larmes… Il a appelé un ami, qui m’a aussitôt téléphoné : « Ne t’inquiète pas, ma femme arrive. Si vous n’y arrivez pas a deux, on trouvera quelqu’un. On est là. » Cela m’a fait un bien fou. Rien n’était encore réparé, mais je n’étais plus seule face au problème. Je me suis dit : « C’est ça qu’il faut pour tout le monde. » Que chacune sache qu’en cas de difficulté, il y a des personnes vers qui se tourner. Cette expérience a beaucoup nourri mon envie de créer une communauté d’entraide avec l’ANFEM. Je crois qu’il y a parfois une image un peu américaine de notre vie : on nous imagine tous installés sur la base, dans des maisons voisines, avec une communauté déjà constituée et toute sorte de clichés ! Pour beaucoup de familles, la réalité est bien différente. Nous cherchons un logement, nous nous installons dans une ville ou un village, et nous devons créer nos relations comme tout le monde. Être une famille de militaire ne signifie pas avoir automatiquement un réseau autour de soi. Et puis il y a cette phrase que l’on entend parfois : « Vous avez choisi cette vie. » Je suis avec mon mari depuis que j’ai 17 ans. À cet âge-là, nous avions choisi d’être ensemble, c’est tout. Nous ne pouvions pas anticiper tout ce que serait notre vie : trois enfants, le handicap de notre aîné, les absences et les difficultés qui surviendraient pendant ces absences. Bien sûr, nous avions une vague idée des exigences de son métier. Mais connaître ces exigences ne rend pas chaque épreuve facile à vivre. Si un parent disait : « Je suis épuisé, j’ai besoin d’aide avec mes enfants », trouverions-nous juste de lui répondre : « Tu as choisi d’avoir des enfants, débrouille-toi » ? Non. Pourtant, on applique parfois ce raisonnement aux familles de militaires.

Qu’espérez-vous trouver aujourd’hui ?

Avoir fait un choix ne supprime pas le besoin d’être aidé. C’est cette réalité que j’aimerais que l’on comprenne : nous pouvons aimer notre vie, être fiers de l’engagement de notre conjoint.e et avoir, malgré tout, besoin de soutien. Et c’est difficile pour les deux. On pense au conjoint qui reste seul et gère une urgence. Mais le militaire qui apprend, à l’autre bout du monde, que son enfant est hospitalisé, sans pouvoir être auprès de lui, ou ne rien pouvoir faire pour pouvoir aider, vit lui aussi quelque chose de très douloureux. Je n’espère pas seulement, je veux. Et c’est pour cela que je m’investis autant pour les familles de militaires avec l’ANFEM. Je veux que, lorsqu’un militaire apprend qu’il est muté à Évreux, sa conjointe ou son conjoint puisse se réjouir de venir. Même si la région ne l’attire pas au départ, même si sa famille est loin, même si ce départ demande de laisser beaucoup de choses derrière soi. Je veux que cette personne puisse se dire : « Là-bas, je trouverai du soutien. Je pourrai être accompagnée dans ma recherche d’emploi avant même d’arriver. Je saurai à qui poser mes questions sur le territoire. Et une fois sur place, je ne serai pas seule : il y aura un réseau. » C’est cette confiance que je veux que nous construisions à Évreux. Et c’est ce que nous mettons en place avec la base aérienne 105, ses services et les acteurs du territoire. OPTIMA est une étape concrète dans cette démarche : permettre aux familles de rencontrer ces personnes, de découvrir les ressources et de commencer à créer leurs propres liens. Je veux que le soutien soit quelque chose qu’elles puissent réellement ressentir dans leur quotidien. et ca avec l’ANFEM et ses 60 délégations partout en France c’est possible.

Si une nouvelle famille arrivait demain sur la base, qu’auriez-vous envie de lui dire ?

Je lui dirais : « Bienvenue ! Ici, beaucoup de personnes travaillent pour vous accueillir, vous accompagner et vous aider à créer des liens. Alors, n’hésitez pas à venir vers nous. » Vous pouvez contacter l’ANFEM, les services sociaux, Défense Mobilité ou les acteurs du territoire. Et vous n’avez pas besoin d’attendre une difficulté importante : vous pouvez simplement chercher une information, vouloir rencontrer du monde ou parler d’un projet. On fait souvent l’erreur de chercher tout seul. On découvre quelques dispositifs, mais on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Derrière, il existe beaucoup de ressources, de contacts et de possibilités que l’on ne connaît pas encore. Demander, c’est aussi permettre aux bonnes personnes de nous orienter. À Évreux, nous construisons quelque chose de beau et de solide, et nous voulons que les familles puissent en bénéficier. Vous pouvez aussi contribuer à le faire vivre, notamment en adhérant à l’ANFEM, en participant à une rencontre, en partageant une information ou en apportant vos idées. Chaque nouvelle famille arrive avec ses besoins, mais aussi avec ses expériences et ses richesses. Et pour ceux qui ne sont pas lié a l’armée ou qui ne peuvent pas adherer, l’ANFEM est une association reconnue d’utilité publique et chaque don permet de soutenir les familles de militaire dans toute la France, peut import l’armée, peut importe le grade, alors ils sont plus que bienvenue !