Cet été, la Communauté d’agglomération Evreux Portes de Normandie, le Syndicat Mixte d’Aménagement du Bassin de l’Iton et l’agence de l’eau Seine-Normandie signent le nouveau contrat de territoire du bassin versant de l’Iton pour la période 2026-2030. Ce programme d’actions mobilise près de 55 millions d’euros d’investissements pour préserver durablement la ressource en eau, réduire les prélèvements, restaurer les cours d’eau et adapter le territoire au changement climatique. Plus de 69 kilomètres de réseaux d’eau potable seront renouvelés, plusieurs secteurs urbains d’Évreux seront renaturés et des opérations de restauration écologique engagées sur l’Iton et plusieurs affluents du bassin versant. Le contrat concerne 134 communes et mobilise 12 animateurs dédiés au pilotage et à la mise en œuvre des actions.
Le bassin versant de l’Iton couvre une large partie de l’Eure et de l’Orne autour d’un réseau hydrographique fortement aménagé au fil du temps. Les cours d’eau ont été rectifiés, recalibrés ou artificialisés sur plusieurs secteurs afin d’accélérer les écoulements. Plusieurs ouvrages hydrauliques hérités d’anciens usages industriels ou hydrauliques modifient encore le fonctionnement naturel des rivières et ralentissent la circulation des espèces aquatiques. Les nappes souterraines utilisées pour l’alimentation en eau potable subissent des pressions importantes liées aux nitrates, aux pesticides et aux prélèvements, tandis que les épisodes de sécheresse et les pluies intenses accentuent les tensions sur la ressource et les phénomènes de ruissellement. Le contrat de territoire vise à répondre à cinq grands enjeux : préserver durablement la qualité de l’eau potable, réduire les consommations d’eau, mieux gérer les eaux pluviales, restaurer les milieux aquatiques et humides et renforcer la sensibilisation des élus et des habitants aux enjeux liés à l’eau et au changement climatique.
La sobriété en eau constitue le principal poste d’investissement du contrat avec plus de 26,3 millions d’euros mobilisés. Le bassin de l’Iton fait partie des territoires où la pression sur la ressource nécessite de réduire les prélèvements et d’améliorer les rendements des réseaux d’eau potable.
Le contrat engage le renouvellement de plus de 69 kilomètres de canalisations afin de limiter les pertes d’eau sur les réseaux. Les travaux concernent notamment l’agglomération d’Évreux, les secteurs de Conches-en-Ouche et du sud de l’Eure ainsi que plusieurs communes rurales du bassin versant où les rendements des réseaux nécessitent d’importants travaux de renouvellement. Des dispositifs de prélocalisation des fuites sont également déployés afin d’améliorer le suivi des réseaux et accélérer les interventions.
Le contrat prévoit aussi des études de sobriété, des diagnostics agricoles et des réflexions sur l’évolution des usages de l’eau afin d’accompagner durablement la réduction des consommations. Une concertation territoriale est menée à l’échelle du bassin versant autour de la répartition des volumes prélevables et de différents scénarios d’évolution des usages.
Le contrat consacre plus de 4,1 millions d’euros à la gestion et à la préservation qualitative de la ressource en eau. Le bassin de l’Iton compte plusieurs captages prioritaires ou sensibles pour l’alimentation en eau potable, notamment sur les secteurs de Chenappeville, Bois-Morin, Coulonges, La Noé, L’Habit et Queue d’Hirondelle.
Les nappes souterraines présentent des concentrations importantes en nitrates et en pesticides sur plusieurs secteurs agricoles du bassin. Le contrat déploie donc un important programme d’animation agricole et d’accompagnement des exploitants afin de limiter les transferts de pollutions diffuses vers les nappes et les cours d’eau.
Des paiements pour services environnementaux sont développés sur plusieurs aires d’alimentation de captages. Ces dispositifs visent à accompagner des évolutions de pratiques agricoles sur les secteurs les plus sensibles aux nitrates et aux pesticides afin de réduire durablement les transferts vers les nappes souterraines utilisées pour l’eau potable. Les actions concernent notamment les secteurs de Chenappeville, Coulonges, L’Habit et Queue d’Hirondelle.
Le contrat prévoit également des diagnostics d’exploitation, le développement de couverts végétaux et des dispositifs de suivi des reliquats azotés afin de mieux mesurer les pertes d’azote vers les nappes et les cours d’eau. Le contrat mobilise à lui seul sept postes à temps plein dédiés à l’animation agricole et à la protection des captages.
Le contrat consacre plus de 16,3 millions d’euros à la désimperméabilisation et au déraccordement des eaux pluviales. L’objectif est de limiter les rejets vers les réseaux d’assainissement, ralentir les écoulements et favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols.
À Évreux, plusieurs opérations structurantes transforment durablement les espaces urbains. L’ancien site industriel des usines de Navarre devient un parc urbain végétalisé avec restauration des berges de l’Iton, création d’un îlot de fraîcheur sur 1,6 hectare et réduction des surfaces imperméables afin de favoriser l’infiltration des eaux de pluie.
Le secteur de la gare d’Évreux fait également l’objet d’une importante requalification avec désimperméabilisation des espaces publics, infiltration des eaux pluviales, plantations d’arbres et création de surfaces végétalisées. Le contrat engage aussi la renaturation de la presqu’île Saint-Léger, la désimperméabilisation progressive des cours de 37 groupes scolaires de l’agglomération ébroïcienne ainsi que la réouverture du cours d’eau de l’Espringale dans le centre-ville d’Évreux, notamment sur le secteur du parking des Douves et de l’allée des Soupirs.
Ces opérations permettent de limiter les ruissellements, réduire les débordements des réseaux par temps de pluie et mieux adapter les espaces urbains aux épisodes de fortes chaleurs
Plus de 5 millions d’euros sont consacrés à la restauration des milieux aquatiques et humides. Le bassin de l’Iton compte 279 ouvrages hydrauliques recensés sur les cours d’eau, dont 165 situés sur les principaux axes de continuité écologique. Hérités d’anciens usages hydrauliques ou industriels, ces ouvrages modifient les écoulements, ralentissent la circulation des espèces aquatiques et contribuent à l’altération des habitats.
Le contrat engage plusieurs opérations de suppression ou d’aménagement de ces ouvrages afin de restaurer la continuité écologique sur l’Iton et ses affluents. Sept études et plusieurs programmes de travaux sont menés sur différents secteurs du bassin versant.
Le programme d’actions comprend des opérations de restauration hydromorphologique, de restauration des berges et de replantation de ripisylves sur plusieurs cours d’eau du bassin. Certaines opérations concernent notamment le Rouloir, à Glisolles, avec restauration de mares, effacement d’étangs, reconnexion hydraulique avec l’Iton et amélioration des habitats favorables au sonneur à ventre jaune, une espèce d’amphibien protégée. Plus de neuf kilomètres de berges font également l’objet de travaux de restauration légère avec plantations, équipements agro-pastoraux et restauration de ripisylves. D’autres opérations concernent également la restauration de continuité écologique à Houetteville ainsi que des aménagements hydrauliques et écologiques liés à la gestion des crues sur certains secteurs du bassin versant.
Le contrat prévoit enfin plusieurs actions en faveur de la biodiversité avec des suivis écologiques, des aménagements pour les amphibiens et la loutre ainsi que des opérations de restauration d’habitats rivulaires.
Le contrat consacre plus de 170 000 euros aux actions de sensibilisation, de concertation et d’accompagnement des acteurs du territoire autour des enjeux liés à l’eau et à l’adaptation au changement climatique.
Plusieurs journées « Eau et climat » sont organisées à destination des élus du bassin versant afin de renforcer la prise en compte des enjeux liés à l’eau dans les politiques d’aménagement et d’adaptation climatique.
Le territoire engage également quatre ateliers participatifs répartis entre l’amont et l’aval du bassin versant afin d’adapter les échanges aux réalités des différents secteurs du territoire et sensibiliser les collectivités aux enjeux liés aux milieux aquatiques, à la préservation de la ressource et à l’adaptation climatique.
Enfin, des actions pédagogiques sont menées auprès du grand public autour de la biodiversité, des zones humides et du fonctionnement des cours d’eau.
Le contrat de territoire du bassin versant de l’Iton s’appuie sur une ingénierie territoriale importante afin d’assurer le suivi des actions, l’accompagnement des collectivités et le pilotage des projets à l’échelle du bassin versant.
L’animation du contrat est assurée par la Communauté d’agglomération Evreux Portes de Normandie et le Syndicat Mixte d’Aménagement du Bassin de l’Iton autour de 12 postes représentant 11 équivalents temps plein mobilisés sur les différents volets du programme.
Sept équivalents temps plein sont dédiés à l’animation agricole et à la protection des aires d’alimentation de captages afin d’accompagner les exploitants agricoles, suivre les évolutions des pratiques et déployer les actions de préservation de la ressource en eau.
Le contrat mobilise également des moyens spécifiques pour accompagner les collectivités sur les projets de désimperméabilisation et de gestion intégrée des eaux pluviales, avec un poste dédié à l’animation du déraccordement des eaux pluviales.
Deux postes sont également consacrés au pilotage du schéma d’aménagement et de gestion des eaux de l’Iton et deux autres à la gestion des zones humides et des milieux aquatiques.
Le contrat s’inscrit également dans plusieurs démarches territoriales complémentaires, notamment le schéma d’aménagement et de gestion des eaux de l’Iton ainsi que le futur programme d’actions de prévention des inondations autour du territoire d’Évreux.